Ma vision en tant que nouveau président est indissociable de celle de l’artiste que je suis. Une vision, je l’espère, sans systématisme, de ce que doit-être Figuration Critique. Je partage tout à fait la réflexion de Juan Goytisolo, prix Cervantès (citation extraite de son discours de réception) « Le panorama est sombre : crise économique, politique et sociale (….). Les raisons qui doivent nous pousser à l’indignation ne manquent pas et l’écrivain ne peut les ignorer sans se trahir lui-même. Il ne s’agit pas de mettre nos plumes au service d’une cause, mais d’instiller le ferment contestataire de celle-ci dans le domaine de l’écriture. » Pour peu que l’on remplace les mots écrivain, plume et écriture par Artiste, pinceau et Art elle s’applique tout autant aux artistes plasticiens en général et à ceux de Figuration Critique en particulier. Afin ne pas tomber dans le piège de l’idée arrêtée et encore moins fixe, ma vision est appelée à évoluer à travers une interrogation permanente, un regard sans cesse renouvelé posé sur le monde. En s’alimentant d’une remise en question constante de soi-même comme est sensé le faire  tout artiste sur sa propre création. N’est-ce pas le sens, l’essence même de toute création, encore plus si elle se veut “critique”, sincère et sans complaisance ? Une vision non ferme et encore moins définitive, fluctuante et ouverte dont, pour le coup, il n’est pas plus aisé de parler que d’en fixer la forme sur le papier.  Tout d’abord donner de l’avenir au passé, en s’appuyant sur les périodes révolues et souvent glorieuses qui ont fait l’histoire de Figuration Critique.  Ensuite insuffler un élan dynamique et une nouvelle orientation. Fixer des exigences strictes et sans concession afin de placer Figuration Critique, aujourd’hui, comme un des acteurs majeurs de la scène artistique contemporaine actuelle.  Depuis plus de 30 ans le nom “Figuration Critique” est notre spécificité. Il convient donc de lui faire affirmer très fortement ce qu’il est censé dire maintenant : “Figurationcritique” les 2 mots intrinsèquement liés en un seul ! Une critique mêlée intimement, profondément
à la figuration. Mais aussi et surtout une critique inscrite et
perceptible au cœur même de l’œuvre. Allant jusqu’à explorer les limites de la figuration, et pourquoi pas, la critique de l’acte créatif même.  En effet le propos de l’Artiste, aussi critique soit-il, se doit de rester secondaire. Venir en complément de l’œuvre, la servir et non l’inverse, Il ne doit jamais prendre le pas sur celle-ci. Rien n’est plus aisé que de faire coller à n’importe quelle œuvre n’importe quel discours, critique ou pas. Lui faire dire tout et son contraire. L’important dans la peinture reste la peinture (c’est valable évidemment pour la sculpture, la photo, le dessin ou tout autre médium). Ce que l’œuvre exprime, et non pas l’histoire qu’elle nous raconte (toujours sujette à interprétations). L’essentiel n’est pas le sujet mais ce qui se dégage de l’œuvre même, ce qu’elle nous renvoie, nous transmet. Au risque d’employer quelques lieux communs, mais qu’il n’est peut-être pas inutile de rappeler, une œuvre se doit de nous bousculer, nous interroger, nous émouvoir, nous toucher et/ou nous transporter avant même que l’on en saisisse le sens.  Une telle œuvre est, à mon avis, réussie parce qu’ “habitée”, où l’on sent instinctivement derrière celle-ci un Artiste nous délivrant sa vision du monde. Ce que j’appelle sa “vérité” propre. Créer est un engagement total. Par définition un Artiste qui s’engage sincèrement est fatalement critique et cette critique se ressentira au cœur même de son travail.

Claude DUVAUCHELLE Président de Figuration Critique